Des enseignants se mobiliseront demain à Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine, ainsi que sur l’ensemble du territoire national, suite à un appel à la grève. Ils constatent une réduction des moyens alloués, concomitante à une augmentation du nombre d’élèves. Il incombe aux municipalités d’assumer leurs responsabilités dans le cadre de leurs compétences spécifiques.
Or, à Saint-Denis, l’investissement municipal est insuffisant : avec 86% du budget en fonctionnement, il manque 60 millions d’euros par an par rapport aux villes comparables pour l’investissement. Cette sous-dotation chronique, fruit d’une mauvaise gestion, empêche toute compensation quand l’Etat baisse ses investissements. Résultat : les écoles manquent de moyens, les enseignants sont livrés à eux-mêmes, aucun dispositif complémentaire n’existe.
A titre d’exemple, à Saint-Denis, les enseignants n’ont droit qu’à une photocopie par élève par jour alors qu’on leur demande de proposer du matériel pédagogique adapté à chaque élève. Cet exemple, parmi d’autres, illustre la profonde solitude des équipes pédagogiques, prises en étau entre des exigences croissantes, parfois légitimes, et un État ainsi que des collectivités qui réduisent leurs investissements dans l’avenir. Aussi, les rares investissements consentis sont parfois effectués à pure perte car faits sans étude de terrain ou sans écouter les enseignants.
Ce que dit la science
Pourtant, la littérature scientifique à comité de lecture est assez riche en investissements ciblés qui améliore les conditions d’apprentissage des élèves, par exemple la co-intervention.
Philippe Tremblay (Université Laval), dans la Revue française de pédagogie (2012), a comparé pendant deux ans 12 classes en co-enseignement à 13 classes spécialisées : « Le dispositif inclusif de co-enseignement se montre globalement plus efficace en lecture/écriture. » Confirmé dans le Journal of Research in Special Education Needs (2013) : meilleures performances, réduction des écarts, bénéfices pour tous les élèves.
Mikkel Helding Vembye (2023) démontre dans une vaste analyse publiée dans une des revues les plus prestigieuses en éducation que les effets positifs de la co-intervention fonctionnent quelle que soit la fonction du co-intervenant, adulte, enseignant expérimenté ou novice. La municipalité aurait donc tout intérêt, par le biais d’un Centre d’Appui Pédagogique, à soutenir des politiques oeuvrant à promouvoir la co-intervention en classe et à proposer aux écoles volontaires les moyens adéquats.
Le CNESCO (2017) synthétise : « Le co-enseignement a un effet globalement positif sur les résultats des élèves en difficulté. »
Il n’est donc pas surprenant de voir que dans un des rares sondages faits chez les enseignants, ils sont 50% à citer les RASED et l’accompagnement spécialisé comme solution prioritaire (sondage Harris Interactive), bien devant la réduction des effectifs (32%) et d’autres politiques pourtant à la mode chez nos décideurs politiques.
Ce que fera A.G.I.R.
Nous nous appuierons sur la littérature scientifique et ce qui marche ailleurs pour proposer à nos écoles des moyens supplémentaires et des dispositifs permettant, à la demande des enseignants, de faciliter la co-intervention, avec la possibilité de le faire dans le cadre de l’expérimentation législative locale.
Sur les compétences municipales uniquement, en complément de l’État, nous proposons :
– La création d’un Centre d’appui pédagogique : pour coordonner les ressources humaines et matérielles, faciliter la recherche de financements et le travail en intercommunalités et proposer une plateforme enseignants-intervenants.
– De faciliter la co-intervention municipale qualifiée : personnel formé à la demande, ATSEM renforcés, ateliers mobiles.
– Des écoles dignes : rénovation, climatisation décarbonée, capteurs CO2.
– Gouvernance mesurable : objectifs chiffrés, résultats publiés, évaluation systématique.
Les 15 et 22 mars : choisissez de croire en l’avenir de notre jeunesse et refusez l’inaction.


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